Frédéric Mouffle
Directeur du pôle investigations et sûreté informatique chez Ker-Meur. Formateur et conférencier sur les menaces émergentes liées aux nouvelles technologies, il intervient notamment à l'Ecole Européenne d'Intelligence Economique de Versailles
Atlantico : Comment un “bug” dans un processeur de téléphonie peut-il mettre en danger les informations personnelles d’un usager ? Où se situe la faille de sécurité ?
Frédéric Mouffle : Il me semble que dans ce type de situation il soit plus approprié de parler de faille plutôt que de bug : le bug étant associé à une dysfonction dans un appareil, la faille à une vulnérabilité. En l'occurrence, on peut même parler de “quadri faille”, ou "quarroot", dans la mesure où il a été dévoilé par Defcon (Las Vegas) qu’il existait quatre possibilités d'obtenir les plus hauts privilèges d'administration du téléphone. Ces quatre failles sont concentrées dans le pilote du processeur téléphone, c’est-à-dire au niveau d’un élément central qui permet le dialogue entre les différents organes du mobile et qui, surtout, donne accès au cœur de son système.
Concrètement, lorsque un tiers réussit à exploiter une des différentes failles, il devient une sorte de “super-utilisateur” qui peut aspirer toutes les données enregistrées sur le téléphone (contacts, photos, mails, textos …) et qui, en outre, est en capacité de déverrouiller tous les dossiers habituellement non-modifiables par les utilisateurs. Il peut ainsi déjouer la sécurité des “fichier système” de système d’exploitation - vitaux au bon fonctionnement du téléphone- et les supprimer ou les modifier. On dit que le hacker “root” le téléphone : il accède aux racines de l’appareil, à son système interne, et en fait ce qu’il lui plaît.
Concrètement, à quels dangers se confronte un utilisateur dont le mobile est hacké ?
Une fois qu’un hacker a pris possession d’un smartphone, il dispose d’un champ d’action plutôt large. Aussi peut-il envoyer à sa guise des SMS surtaxés, qui sont en plus invisibles par l'utilisateur (dits "de niveau zéro"), et salent particulièrement la note de forfait mobile). Notez quand même que ces risques sont aujourd’hui amoindris : les opérateurs mobiles font le nécessaire pour limiter au maximum procédures coûteuses, en bloquant les envois qui sont trop nombreux. Malheureusement, la messagerie textuelle n’est pas le seul terrain de jeu d’un hacker : il peut aussi s’amuser à accéder au mails pour envoyer des courriers anonymes, ou encore utiliser les comptes de type Linkedin, Twitter, Facebook des détenteurs de l’appareil mobile, pour pourquoi pas, lancer une attaque informatique.
Ces intrusions sont effectivement dangereuses dans la mesure où leurs répercussions dépassent l’usage du téléphone à proprement parler : elles s’étendent jusqu’à la sphère privée et professionnelle. A partir du moment ou un individu accède à toutes les données privées dont regorgent un téléphone (qu’il s'agissent de photos, de messages compromettants) l’utilisateur du mobile n’est pas à l’abris d’en subir de lourdes conséquences. D’autant plus nombre de ces vols de données sont “invisibles”. Le détenteur du téléphone ne peut pas toujours s’apercevoir qu’un fichier a été copié, ou que des informations ont été collectées. Aussi, les hacker peuvent-ils tranquillement piocher dans ces boîtes riches en information pour ensuite, pourquoi pas, les vendre à un tiers (sont particulièrement concernés les carnets de contacts) ou encore les exploiter pour mettre fin à un contrat, etc.
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